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Cet après midi, comme souvent, je suis partie de chez moi . Non pas pour voir du monde mais, au contraire, pour m'en éloigner. Avoir au moins deux ou trois heures, seule, ne voir ni n'entendre personne, Sous mon arbre. Je mens un peu en appelant cet endroit comme ceci, il ne s'agit pas que d'un seul arbre mais d'une grande ribambelle d'arbres en cercle, qui filtre tout ce qu'il y a d'humain.
Je crois que personne d'autre n'y vient jamais, j'y suis systématiquement seule. C'est d'ailleurs chaque fois ce que je viens y chercher. Je crois que s'éloigner un peu de tout, prendre un peu de recul aide à mieux comprendre.
Là bas, je m'allonge, les jambes repliées, carressant distraitement l'herbe sous ma main. J'observe le ciel, je vois des formes se dessiner dans le blanc cotonneux des nuages. J'invente un monde. Un monde dans le ciel, nous serions des nuages, légers, doux. Lorsqu'il pleut, je me recroqueville sous un sapin pour m'abriter, la tête posée sur les genoux. Les yeux levés vers le ciel, j'imagine ces personnages d'une douceur de plume tristes, pleurant nos averses.
Mais cet après midi fut sans nuages. Un ciel limpide, sans mouvement, figé. Je contemplais
ce ciel sans vie, tout comme comme mon plafond, à la recherche d'un recommencement possible. Eblouie, je fermais les yeux car déjà je sentais couler deux larmes le long de mes tempes. Lumière trop agressive. Je fis alors de mes paupières mon nouveau plafond.
Une toute autre lumière, pourtant aussi agressive, me fit pleurer de nouveau. Celle de la prise de conscience, brutale, sévère. Comment en suis-je arrivée à penser à cela ? Je ne sais plus. Je me souviens seulement de la conclusion. Je suis seule.
De toutes ces personnes qui m'entourent et se disent être mes amis, combien seulement peuvent prétendre me connaître ? Combien seulement peuvent prétendre savoir de quelle manière je fonctionne ? Moi même j'ai du mal à déterminer cela. De tous ceux qui prétendent m'aimer et être là si le besoin s'en fait ressentir, combien ont su voir que ça n'allait pas ? Combien en tout m'ont un jour dit "Tu n'as vraiment pas l'air bien, je m'inquiète pour toi ..." ?
Je peux compter ces personnes sur les doigts d'une seule main. Je ne les citerais pas, par pudeur. J'ai pris conscience cet après midi, Sous mon arbre, que je me suis toujours entourée de personnes qui ne savaient rien de moi, ou seulement ce qui se voit au premier abord pour m'éloigner de ma peur de l'abandon, de ma peur de devoir me débrouiller seule. Comme un remède à cette peur. Mais ils n'ont jamais su déceler cette peur. Ce remède fut inefficace.
J'aimerais seulement dire que je ne perds en rien l'estime que je porte à ces gens que je ne connais pas vraiment, et qui ne me connaissent pas vraiment. Je crois simplement que je grandi et que j'ai compris que l'on était entouré de deux types de personnes.
Il y a ceux qui ne savent rien de vous, qui ne cherchent pas à savoir mais avec qui vous riez et vous créez de bons souvenirs car ces relations sont pleines d'insouciance. Et il y a ces personnes qui vous connaissent mieux que vous ne vous connaissez vous même, ceux au contact desquels vous apprenez beaucoup sur vous, ceux au contact desquels vous avancez et vous vous construisez.
Il est vrai que les premiers mots de cet article peuvent parraître un peu forts et fatalistes, mais ce sont ceux qui me sont venus les premiers cet après midi Sous mon arbre. Cette prise de conscience ne m'atriste pas, car ces personnes si importantes et si peu nombreuses représentent bien plus que les illusions que j'ai perdues cet après midi, en fixant le plafond, Sous mon arbre.
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